Maîtriser les relations France-Afrique : Vers un nouveau partenariat intelligent ?

Liberté sans frontières

Maîtriser les relations France-Afrique : Vers un nouveau partenariat intelligent ?

Loin des idées préconçues et des a-priori négatifs sur l’Afrique, loin des images négationnistes sur les calamités passées orchestrées contre les peuples africains, le peuple français vient de choisir le nouveau Président de la France : Nicolas Sarkozy, avec plus de 53% des suffrages et un taux record de participation (85%). A 52 ans, de père hongrois, de mère française d’origine grecque, le nouveau président français a plusieurs fois indiqué qu’il mettra en œuvre toutes ses promesses.

Au-delà du nouveau contrat social avec la France, il s’agit bien d’une reconnaissance officielle pour le candidat qui a le plus réussi à « sécuriser » les Français face aux peurs réelles ou imaginaires. En réalité, c’est vers un régime présidentiel d’un type nouveau vers lequel on s’achemine puisqu’il sera bientôt question pour le Président de rendre compte directement devant le Parlement. Sans le dire officiellement, on peut se demander s’il ne va pas s’agir là en fait de modifications structurelles des institutions de la République pour faire face collectivement aux défis futurs, de là à parler d’une nouvelle République, il n’y a un pas qu’il ne faut pas encore franchir mais qui reste à surveiller.

1. Pour une politique de migration planifiée et négociée

Outre l’ouverture vers une nouvelle relation stratégique autour de la Méditerranée, le nouveau Président a rappelé qu’il souhaite mettre en œuvre une politique d’immigration non plus « choisie » mais « maîtrisée ». Les Africains et leurs responsables devraient saisir au bond cette évolution pour préparer de leur côté des propositions crédibles qui fonderont les bases d’une migration planifiée et concertée. A défaut, la bouc-émissiarisation des immigrés et des jeunes des quartiers défavorisés, pour ne citer que ces deux thèmes, risquent de continuer à servir de retranchement pour « récupérer » les peurs multiples. Celles-ci finissent par révéler, en dernier ressort, un véritable syndrome de la peur de perdre son emploi, ses revenus, sa propriété et peut-être son identité… Pourtant c’est vers une France cosmopolite que l’on se dirige. La diversité et le respect mutuel devront nécessairement prendre le pas sur les protectionnismes non productifs de synergies manquées. Rappelons tout de même qu’il y a plus de 192 millions de migrants dans le monde sur les 6 milliards d’habitants en 2005 (soit 2,9% de la population mondiale selon l’ONU) et que les Africains n’en constituent qu’un pourcentage négligeable. En faire des bouc-émissaires ou les désigner subtilement comme les souffre-douleurs d’une société en transition de croissance économique partagée, c’est oublier de tenir compte des externalités créées dans les pays d’origine. Cela ne relève pas d’un partenariat intelligent.

Pour être clair, si on enlève un médecin du Togo ou du Lesotho (respectivement moins de 0.05% médecins pour 1000 habitants entre 1997-2004 ) pour le faire travailler aux Etats-Unis ou en France (respectivement 2,3 et 3,4% médecins pour 1000 habitants entre 1997-2004 selon la Banque mondiale), il faut absolument aussi compenser effectivement, et non par un simple transfert de fonds vers les dirigeants des pays, les pertes en vies humaines et en sécurité sanitaire du fait du transfert d’un médecin d’une zone pauvre vers une zone riche. En termes de personnel de santé , la pauvreté reste patente avec des écarts de 0,3 sur 1000 pour tout le personnel de santé disponible au Togo en 2000-2003 contre 10.2 en France. En réalité, les écarts de développement et de pauvreté favorisent les politiques d’immigration choisie aux dépens des populations africaines. Choisir un médecin africain pour venir en France n’est pas la même chose que choisir de faire venir un ouvrier pour travailler dans un abattoir en France. Ainsi, une politique incitative française qui ferait partir un médecin d’Afrique pour la France peut à terme se révéler aussi criminelle et tomber sous le coup de « non- assistance à personne en danger, à des populations sans défense de santé». Mais là encore, il semble que la valeur économique de l’humain se mesure trop souvent, et malheureusement, à sa capacité à payer ses frais de santé. Avec un pouvoir d’achat digne des pays pauvres, les Africains sont dans leur grande majorité largement perdants dans ce jeu inégal. L’immigration maîtrisée doit nécessairement être « planifiée » et « négociée » afin de prendre en compte les externalités négatives.

2. Vers une identité afro-européenne ?

Face à cet amalgame, les intellectuels africains, non organiques, devraient s’atteler à faire des propositions et s’engager dans les instances politiques démocratiques pour faire prendre conscience de leur identité d’Afro-européen. L’ouverture est bien là avec une certaine volonté affichée du Président Nicolas Sarkozy d’aller vers un partenariat intelligent entre la France et l’Afrique, ceci autour d’une « politique de développement ambitieux ». Les contours d’une telle politique ne pourront être précisés que si les Africains et leurs dirigeants en préparent collectivement les contenus au lieu de toujours attendre des propositions d’ailleurs pour les rejeter, les « avaler » ou les subir.

Un partenariat intelligent ne signifie pas qu’il faille passer par perte et profit les différences de niveaux de développement et donc de richesses. Les défis restent les mêmes tant pour l’Afrique que la France. Il s’agit de répondre habilement à la question du comment assurer une croissance économique soutenue et partagée dans le respect de la diversité des populations. La lutte classique entre la droite et la gauche française risque de voler en éclat à terme avec l’avènement d’un premier parti du centre (Parti démocratique) de Mr. François Bayrou. L’avenir de la coopération France-Afrique, et par ricochet indirectement les retombées positives sur les populations africaines, ne se fera plus uniquement sur la base du « statu quo existant » entre partis sur la politique française en Afrique. Le travail de démocratie participative de la candidate socialiste, Ségolène Royal, a contraint la population française à donner une leçon de démocratie au monde et à l’Afrique. En intégrant les valeurs libérales, la politique africaine de la France pourrait évoluer en jumelant la démocratie participative avec les notions de démocratie, bonne gouvernance, droits humains, solidarité et de fraternité. Si « ensemble tout est possible », ce sera l’occasion de vérifier que chacun peut apprendre de ses erreurs et modifier ses convictions en fonction. Il n’empêche que si les comportements et arbitrages qui se font et de défont aux dépens des populations africaines par des dirigeants africains ne connaissent pas un renouveau, on risque d’assister à beaucoup de bougisme sans que rien ne change véritablement.

3. Pour un respect mutuel entre la France et l’Afrique

Il est donc vivement souhaité que la dignité et le respect de l’autre l’emportent sur les invectives partisanes de pré-campagne où certains ont vu des mots malheureux à l’endroit de citoyens français ou étrangers outrepasser les limites de la respectabilité républicaine. Ce n’est pas parce que l’on est pauvre ou que les dirigeants ne représentent pas toujours leurs peuples que le mépris doit s’installer entre les Africains et les Français, surtout lorsque ces mêmes Africains d’hier ou d’aujourd’hui sont français. En réalité, le travail de la société civile et les résistances discrètes des associations africaines ont finalement porté puisque les mots sont de plus en plus soigneusement choisis préciser les contours des actions de développement qui seront effectivement mises en œuvre. Le problème se pose de savoir comment assurer une réelle représentation puisque les places octroyées dans les partis politiques aux Africains sont souvent de nature « honorifique » ou servent d’alibi à une intégration qui avance malgré tout par la lutte. Il n’empêche que pour réussir un nouveau partenariat intelligent entre la France et l’Afrique, les Africains et la Diaspora africaine plus particulièrement, notamment les détenteurs du savoir et des expertises, devraient se regarder dans un miroir. Ils devront éviter de croire qu’en se contentant de leur sort, un mouvement républicain non initié par les Africains eux-mêmes viendra par enchantement prendre en compte des laissés pour compte ou des « politiquement marginalisés » africains. Les Africains n’existeront que par les synergies positives de leur lutte commune pour défendre leur existence et valoriser leur contribution à l’essor de la société dans son ensemble.

Les Africains (hommes ou femmes) ne doivent plus se penser comme des minorités nationales. Dans quelques années, l’Afrique atteindra le 1 milliard en termes de population. Les exportations et importations africaines vont se diversifier au même titre que les investisseurs intéressés par l’Afrique. Le nombril du monde ne sera plus l’Europe dans les 10 ans à venir. Le Brésil, le Venezuela, la Chine, l’Inde, les pays d’Asie du Sud-Est en général, l’Afrique du Sud et la Tunisie viendront négocier avec l’Afrique, n’en déplaisent à ceux qui souhaitent conserver les « chasses gardées ». Les relations intra-régionales africaines devraient aussi connaître un nouvel essor. Le rôle géo-économique et géo-stratégique de l’Afrique aura évolué. C’est cela que les Africains doivent construire collectivement au lieu d’attendre qu’une autre partie du monde vienne faire la proposition à leur place. Les dirigeants politiques africains ne peuvent continuer à faire semblant de respecter les droits humains, d’appliquer la « bonne gouvernance et la démocratie » uniquement pour faire plaisir à l’Occident. Des irresponsabilités décisionnelles répétées risquent à terme de devenir des facteurs bloquant pour une refondation démocratique d’un nouveau partenariat intelligent et basé sur du respect mutuel.

On ne peut continuer de programmer des élections en Afrique et s’organiser pour les réaliser dans les conditions les plus déplorables uniquement pour conserver un pouvoir dont l’objectif ultime consiste à s’accaparer de l’essentiel des capacités productives d’un pays. On ne peut avoir des liens séculiers d’amitié avec la France, pays de la démocratie tout en offrant en pâture au monde, une pâle imitation de la Démocratie dans plusieurs pays africains (ceci n’étant qu’un euphémisme) où la démocratie représentative ou directe ne peut assurer une véritable croissance économique partagée et basée sur une diversification de la création de la richesse et des emplois. Qu’est ce qui empêche des petits pays africains d’entrer dans une logique d’intégration effective en faisant fi des frontières héritées d’un partenariat colonial et post-colonial bien peu intelligent en référence aux résultats tangibles produits aujourd’hui en Afrique. Des régions et des pays africains intégrés ou plutôt réunifiés ne manqueront pas d’attirer le respect, malgré la pauvreté.

4. Les responsables africains doivent aussi financer le partenariat intelligent

Si le thème principal de la Conférence des chefs d’Etat africains de juillet 2007 sous l’égide de l’Union africaine souhaite réellement faire honneur à Kwame N’Krumah lors des fêtes de 50 ans d’indépendance du Ghana, alors les responsabilités africaines doivent être déclinées autrement. L’Union africaine gagnerait à proposer un partenariat intelligent au moins sur deux des sujets considérés comme cruciaux pour le nouveau Président français dans sa relation avec l’Afrique et l’Europe :

• Un partenariat intelligent sur les migrations planifiées et négociées ;
• Un partenariat intelligent sur le co-développement où les pays africains mettront en place un véritable fond de développement continental à partir des recettes des ressources du sous-sol et de l’épargne de la Diaspora.

En effet, les relations entre la France et l’Afrique n’ont pas toujours été dans le temps des relations planifiées et négociées. Elles ont été longtemps personnalisées, subies au point de favoriser, par un système de sous-traitance, un clientélisme gouvernemental où gestion de fonds secrets, renouvellement d’accords militaires datant des années 1960, préservation d’intérêts bien compris et maintien de régimes présidentiels non démocratiques ont conduit à vider de sens les mots République, solidarité et développement… Personne n’a intérêt à continuer sur ces anciennes bases. Il faut agir ensemble. Oui, il faut du changement et cela doit prendre en compte les nombreux décideurs africains qui ne peuvent représenter leur peuple du fait d’un système empêchant les renouvellements pacifiques et démocratiques des générations au pouvoir. En fait, cette mutation gagnerait à être liée à un changement des mentalités et des pratiques… Face à un système africain qui globalement fonde l’ordre sur le pouvoir coercitif des forces armées qui y trouvent souvent d’importants moyens discrétionnaires de s’enrichir, il n’est pas étonnant d’assister à des usurpations de légitimité du choix des peuples. Il faut donc espérer que le nouveau président français contribuera par son action à rétablir une démocratie sécurisée et « non usurpée » en Afrique. On pourra alors peut-être parler d’un « ordre juste ».

Mais les effets pervers de la mondialisation économique, les interférences culturelles et les migrations pourraient modifier la dynamique perverse du recours au sentiment des peurs non visibles qui fondent souvent le choix des sociétés. Les thèmes sont nombreux où l’Afrique a besoin d’avoir une position collective, sinon au moins sous-régionale pour discuter avec l’Europe, la France en particulier. Il suffit de citer pèle-mêle quelques-uns : l’identité africaine, la citoyenneté, la coopération-décentralisée, le respect des droits humains, le développement des infrastructures, l’intégration régionale, les migrations, la libre circulation des biens, des personnes et des capitaux en temps réel, la santé, l’assurance maladie et vieillesse, l’éducation, l’innovation, l’emploi notamment celui d’une majorité de personnes sans qualification avec une priorité pour les jeunes et les femmes, et bien sûr tous les problèmes liés à la préservation de l’environnement et les conséquences du changement climatique sur le continent… Il y a une évolution perceptible où les frontières gauche-droite en France sont plus floues avec des incursions assez prononcées de part et d’autres sur les « chasses gardées » (ou pré-carrés) des uns et des autres. En fait, il existe des appareils politiques de gauche et de droite qui résistent à la volonté des électeurs de recentrer le débat et les politiques vers l’essentiel, la sécurisation de l’emploi. Les partis politiques qui l’ont perçu ont fait un score honorable tant au premier tour qu’au second des élections présidentielles françaises. En réalité et ceci en référence à l’Allemagne et l’Autriche, on peut se demander si la constitution de la 5e République n’est pas en fait devenue un cadre étroit et peu inadapté aux contraintes de la mondialisation pour organiser des partenariats intelligents entre l’Afrique et la France. Comment expliquer que des grandes coalitions politiques aux programmes assez opposés arrivent à gérer ensemble des pays comme en Allemagne ou en Autriche alors que ceci semble aujourd’hui impossible en France ? La majorité emportant toute la mise…

5. Offrir une prime aux plates-formes crédibles de refondation démocratique

Les solutions africaines de gouvernement d’union nationale ne sont pas à recommander puisqu’elles ne reposent souvent que sur des cooptations de personnes et non d’une intégration de programmes politiques planifiée et négociée. Les consensus mous africains ne permettent pas l’action sinon comment expliquer que depuis 1963, les dirigeants n’ont jamais réussi à vraiment créer un véritable gouvernement africain permettant d’organiser collectivement le rapport au monde sur des bases de rapports moins inégalitaires. C’est aussi de cela que les chefs d’Etat africains doivent discuter en juillet 2007 à Accra s’ils veulent faire entrer l’Afrique dans l’ère d’un partenariat intelligent et transparent. Pour ce faire, il faudra néanmoins balayer devant sa porte et éviter les impunités durables et prendre conscience des limites des contrepouvoirs africains. Il sera nécessaire d’organiser et de faciliter l’éveil des groupes d’influence, des associations de défense des consommateurs, des réseaux d’organisations non gouvernementales de défense des sans-voix notamment ceux de la Diaspora pour structurer les migrations positives.

Pour l’Afrique, il n’y a pas eu véritablement de grandes évolutions quant aux soutiens des alternatives politiques soucieuses des intérêts des populations africaines. Les 3e, 4e et 5e Républiques françaises pourraient se résumer sommairement à une évolution entre l’empire, la colonie, les indépendances politiques octroyées. L’avenir réside dans une prise de conscience renouvelée sur l’importance de la construction collective d’une indépendance économique. Cette liberté économique ne peut être octroyée, ni sous-traitée du fait de la globalisation, de la compétition internationale et des règles transparentes de l’OMC. Si l’Afrique globalement dépend encore pour beaucoup des institutions internationales du développement, c’est que sa gouvernance et ses arbitrages décisionnels conduisent à mettre en doute sa capacité de remboursement effectif des prêts que peut offrir le marché international des capitaux. Si l’Afrique souhaite s’affranchir du FMI et de la Banque mondiale à terme, elle devra créer des richesses, organiser un réseau d’institutions d’appui (banque centrale, fond monétaire africain, banque d’investissement africain) et soutenir l’investissement sous-régional, entre Africains et Sud-Sud.

L’Afrique ne peut continuer de servir de variable d’ajustement par défaut. Il y a là une véritable crise d’identité de la place de la France en Afrique. Avec la perte de compétitivité de plusieurs sociétés françaises en Afrique (préférence pour le gré à gré), il faut être prudent et rappeler la non-planification à long terme des politiques d’un certain patronat français en Afrique. La France est en train de passer d’un rôle d’acteur à celui de spectateur (arrivée de la Chine entre autres) sur le continent alors que l’Afrique, elle, est en train de passer d’un rôle de spectateur à celui d’acteur, non sans contradictions et influence de nouvelles puissances émergentes. A ce titre, il convient absolument de distinguer entre le rôle de l’Etat français et celui des acteurs français, notamment ceux du secteur privé en Afrique. Une grande partie du secteur privé africain francophone est dominée par les sociétés françaises. Même à ce niveau, le travail formidable des PME françaises n’a rien à envier aux passes droit des grandes sociétés. Bref, le rôle du patronat français en Afrique devrait faire l’objet d’une mise à jour tant en termes d’information et d’appréciation des évolutions en Afrique que des percées commerciales et bientôt industrielles des autres pays plus enclins à soutenir les capacités productives africaines.

Une participation plus active de la population dans la démocratie économique et surtout un rôle plus important du parlement, une démocratisation des partis politiques d’opposition en Afrique sont nécessaires. Cela pourrait conduire à un amoindrissement du rôle des partis au pouvoir ou des groupes de pression étrangers (se déguisant parfois en organisations non gouvernementales) et travaillant sous les fourches caudines des oligarchies financières.

Il ne faut pas être naïf. Aucun Président français ne pourra, même s’il le voulait, se désolidariser des grandes sociétés françaises en Afrique, notamment en Afrique francophone. Une grande partie de la défaillance économique des Etats africains est liée justement au rôle de certaines de ces grandes sociétés au point de rendre certains Etats économiquement serviles et politiquement fragiles. Il faut néanmoins souhaiter « bon vent » aux relations France-Afrique au nouveau Président français, lequel ne manquera pas d’aller au cœur de la mémoire, de l’histoire et de l’expérience africaine. Il lui faudra néanmoins revaloriser l’approche solidarité en revisitant la citadelle humaine et sociale que tente de construire l’Afrique malgré les contraintes d’une croissance économique ne créant pas suffisamment d’emplois décents en Afrique. Les populations africaines et leurs représentations associatives ou politiques ne peuvent plus attendre que les propositions viennent d’ailleurs. Il faut proposer des projets contre des projets et trouver le consensus refondateur.

Il n’empêche qu’il faudra éviter la pensée unique dans l’application des politiques de la France en Afrique et distinguer entre les pays africains exportateurs de pétrole avec une croissance économique réelle de 11.6% et ceux non exportateurs de pétrole qui atteignent difficilement le 5,6% avec une redistribution des fruits de la croissance échappant aux populations locales pour l’essentiel. Il importe donc d’organiser réellement la planification, les négociations et la maîtrise des relations Afrique-France afin d’avoir quelques chances d’influencer ces dernières.

Agbobli, le Togolais :
Martyr de la liberté de penser et de parler

Alors que certains étaient en pleine procession un peu partout dans le monde des chrétiens, ceci en souvenir de l’ascension de la Vierge Marie, des sicaires se chargeaient le 15 août 2008 de leur sale besogne et à vil prix sur un intellectuel togolais. Ce personnage était un porte-voix des sans voix. Il débattait tout haut avec tout le monde. Par son courage, il a voulu croire à un Togo meilleur, et s’est fait une opinion sur comment pacifier le futur du Togo.

Il n’hésitait pas à fustiger tous ceux, Blancs, Noirs comme Jaunes, qui s’organisent pour bloquer le destin des Africains , ceux des Togolais en particulier. Atsutsè Kokouvi Agbobli (AKA), le feu Président du parti MODENA (Mouvement pour le développement national créé en 2007) aurait été torturé avant d’être tué. Face à des versions contradictoires et sans une deuxième autopsie indépendante, il y a peu de chance que la vérité sur la mort de cet intellectuel de haut vol voit le jour. Son chauffeur aussi a disparu, volatilisé serait le mot approprié.

1. Assassinat, impunité, immigration et désinformation

Le Togo est-il un pays sûr et libre ? L’a-t-il jamais été pour les journalistes indépendants, les politiques et les libres penseurs ?

Faut-il rappeler au hasard les tentatives d’assassinat d’un autre chef de parti le 5 mai 1992, Gilchrist Olympio, Président de l’Union des forces du changement (UFC) à Soudou, près de Bafilo avec plusieurs grands nationalistes togolais dont Dr. Marc Atipédé lors d’une tournée au Nord du Togo. Les commanditaires de cet attentat ont été identifiés par une enquête internationale deux mois plus tard mais l’impunité institutionnalisée n’a pas permis de faire avancer ce dossier.

Le 23 juillet 1992, c’est l’assassinat de Tavio Amorin, parlementaire de 34 ans et Président du Parti Socialiste Panafricain (PSP). Ce cas n’a jamais été solutionné.

Le 6 septembre 1994, David Ahlonkovi Bruce, conseiller diplomatique du Président du Parlement de Transition (1991-1993) et haut fonctionnaire au ministère des Affaires Étrangères, est enlevé par des gendarmes togolais lors d’un contrôle routier dans un quartier de la banlieue nord de Lomé (Agouényivé) et n’a plus jamais été revu jusqu’à ce jour.

Le 28 mars 1996, Thomas Ruprecht, diplomate allemand en poste à Lomé est tué d’une rafale de mitraillette lors d’un contrôle routier par des éléments de l’armée togolaise. Même l’Allemagne a été incapable de trouver les responsables de ce meurtre.

En 2005, au cours des élections présidentielles, des médias faisaient état des bourrages d’urnes et des bulletins brûlés par l’armée, des incidents éclataient à Lomé entre des jeunes et les forces de l’ordre faisant plusieurs morts. Après les élections présidentielles contestées de 2005, un rapport de la Ligue togolaise des droits de l’Homme (LTDH) a dénoncé les « crimes abominables perpétrés par les putschistes contre le peuple togolais », soit un total de « 5 319 victimes occasionnées par la répression organisée par le gouvernement ».

En 2007, il ne faut donc pas s’étonner que les États-unis aient félicité indirectement les responsables du parti d’opposition le plus important du Togo, l’Union des forces du Changement, de n’avoir pas incité la population et les membres de ce Parti à manifester leur mécontentement suite aux élections législatives contestées d’octobre 2007 . Le peuple togolais et les partis politiques responsables préfèrent ne plus exposer la vie des populations face à une violence stratégique aléatoire. Une des réponses aux nouvelles formes de répression est l’immigration. Les pays occidentaux qui s’évertuent à mettre en place des formules de retour des immigrés feraient mieux d’aider à rétablir un véritable climat de sécurité s’ils veulent véritablement voir le flot des réfugiés et immigrés politiques se réduire au Nord. Les politiques d’immigration qui font l’impasse sur la situation sécuritaire dans le pays d’accueil sont vouées à l’échec et peuvent même conduire certains extrémistes à aller trouver des solutions non démocratiques sur le marché global du terrorisme. La relation entre l’impunité, le développement et le terrorisme doit nécessairement intégrer les programmes d’immigration en Europe et ailleurs.

L’impunité est-elle une nouvelle forme de gouvernance qui condamne les pays influents aussi au silence ? La liste des personnalités moins connues serait trop longue ici, mais l’environnement de suspicion et de vigilance n’a pas varié au Togo. Il est donc fortement conseillé aux journalistes indépendants, les démocrates et autres libres penseurs de ne pas se tromper sur la nature profonde du système togolais.

Sans réformes structurelles des services de sécurité, de la police et de la justice et sans volonté réelle du gouvernement, toutes les condamnations formelles de la violence et des crimes au Togo resteront stériles.

M. Agbobli a peut-être voulu accélérer l’histoire de la démocratie en tentant d’expliquer que la liberté de penser, d’écrire et de communiquer va de pair avec la démocratie, mais demeure incompatible avec l’impunité. Il n’a pas été compris.

Reflet d’une forme moderne de la communication publique où les condamnations verbales se perdent dans le brouillard du silence de l’impunité, la désinformation devient un outil commode pour travestir la vérité, surtout lorsqu’il y a une collusion entre le Nord et le Sud pour neutraliser ceux qui construisent la prise de conscience des populations africaines. M. Agbobli a mené le combat de la liberté et a voulu transmettre la culture du combat pour l’indépendance économique du Togo. C’est un iconoclaste incompris. Aucune manifestation populaire n’a vu le jour suite à cette disparition tragique. Cette atonie généralisée est le résultat conjoint des menaces et de la peur entretenues par le système politique dominant. Mais, il ne faut pas sous-estimer les lassitudes, l’épuisement et la démoralisation d’une population pauvre qui, à plusieurs reprises, a estimé avoir suffisamment donné en termes de morts, de blessés et d’handicapés, ainsi que de réfugiés lesquels viennent grossir parfois les rangs des immigrés en Occident. M. Agbobli a refusé d’immigrer pour bénéficier de cette fausse paix à l’extérieur. Il ne pensait pas que le nouveau visage que le régime togolais se donne, permettrait d’aller aussi loin que de le « supprimer » par l’envoi de sicaires primitifs et lâches tant il avait foi dans l’humanité du système togolais. Il s’est lourdement trompé.

2. A défaut de brûler les voix de l’alternance togolaise

Le monde gris des complicités, les dissidences multiples et diverses au sein du paysage politique togolais ont conduit à un éclatement de l’insécurité. Des poches de dissidences ambiguës, quant elles n’arrivent plus à organiser l’autocensure , développent une sous-culture de la violence à laquelle restent sourds les pays occidentaux qui se targuent de promouvoir la démocratie et le respect des droits humains à géométrie variable. Dans ces conditions, l’impunité promeut l’anonymat et la peur . Il suffit alors d’organiser des complicités pour que des sicaires sous-développés et indisciplinés prolifèrent et fassent du zèle en s’attaquant à des cerveaux africains noirs contre quelques poignées d’Euros. Car si M. Agbobli était un Blanc, les choses ne se seraient pas passées comme cela… Il en est de même de Moussa Kaka, un autre journaliste africain de Radio France International (RFI) emprisonné au Niger pour avoir trop bien fait son travail de journaliste. Il fait les frais des approches de « deux poids, deux mesures » de ceux qui sont devenus les adeptes des « intérêts mutuels bien compris ».

Donc, si M. Agbobli était un Blanc, tous les médias officiels seraient en train de discuter de sanctions, de commissions internationales voire de transferts des personnalités identifiées comme des criminels vers le Tribunal pénal international, etc. En fait, ce sont les médias indépendants, les sites Internet d’éveil des consciences qui rappellent le courage du disparu. Les groupes de réflexion et d’influence qui échappent au contrôle de la pensée unique favorisent la confrontation libre et démocratique des informations et permettent d’apprécier la foi dans l’unité nationale togolaise de M. Agbobli ainsi que son combat pour la liberté et la démocratie. Il faut donc être Noir pour mieux saisir la douleur de la perte de ce panafricaniste convaincu. Cet Homme courageux et éclairé qui a fait le deuil de ses choix passés, discutés et discutables, n’est pas simplement mort à 67 ans. Il a été : « sécaré », verbe reconstitué à partir du latin.

Rappelons que le mot sicaire vient du mot latin sicarius qui signifie un tueur à gage, mot qui vient de sica qui signifie poignard et du verbe secare qui a donné sécateur d’où sont tirés entre autres, les mots sectionner qui signifie aussi couper, voir découper… la vérité est qu’il avait fait l’objet de menaces au point que sa bibliothèque personnelle et imposante a été brulée il y a quelques années… Lorsqu’il a pu s’informer discrètement auprès des gens en uniformes qui souffrent parce qu’ils sont en bas de l’échelle, on lui a signifié le mobile qui se résume à : « Maintenant que nous avons brulé tes livres, tu ne pourras plus aller y copier des choses contre nous »… Ignorance, zèle sans instructions, ordre discret d’empêcher l’intellectuel de parler… On ne saura jamais.

Au lieu que tout ceci ait amené M. Agbobli à garder le silence, c’est alors qu’il avait appris que feu Joseph Ki-Zerbo, le grand historien burkinabé de l’Afrique, avait subi le même sort au Burkina-Faso… « On » était venu brûler sa bibliothèque… L’autodafé africain existe ! Quelle coïncidence ! Un autodafé à l’origine était un acte de foi qui consistait à brûler les livres considérés comme païens, blasphématoires ou immoraux. Plus tard notamment lors de l’Inquisition, ce n’était plus les livres que l’on brûlait mais bien celui qui écrivait ou possédait les écrits. Aujourd’hui, les dirigeants mal-élus africains ont adapté le phénomène et utilisent des sicaires pour faire disparaître les livres, les auteurs et ceux qui détiennent des écrits qu’ils considèrent comme dérangeants. L’acte de foi s’est réduit à avoir foi dans la pensée unique du régime au pouvoir ou à faire partie des réseaux clientélistes. L’autocensure fait le reste.

3. Agbobli : le libre penseur qui voulait unifier les Togolais

La disparition tragique et dans des circonstances non élucidées de Dr. Atsutsé Kokouvi Agbobli, ancien ministre, chef de parti politique, historien, journaliste et directeur du journal « Afric Hebdo » pose problème tant pour ceux qui clament haut et fort que la liberté de la presse, la sécurité et la démocratie sont de retour au Togo. Que certains pays occidentaux et quelques institutions feignent de ne pas voir la réalité des problèmes de l’insécurité au Togo, soit ! Mais que les contre-vérités deviennent l’apanage des déclarations officielles rappellent que les régimes qui promeuvent le double-langage et trouvent des appuis à l’international ne peuvent accueillir des esprits libres, des libres penseurs, des démocrates ou des nationalistes intelligents.

Au-delà des versions préliminaires contradictoires de l’autopsie du corps de M. Agbobli, c’est le refus par une partie des autorités togolaises de laisser procéder aux contre-expertises indépendantes qui pose le problème de la nature de la démocratie à la togolaise. En attendant donc que le Gouvernement honore le défunt, la famille, le Togo et redore sa crédibilité internationale par l’acceptation officielle d’une autopsie rétroactive fiable, il est préférable de ne pas verser dans les spéculations ou les affirmations sans preuve qui pleuvent de part et d’autres, tant M. Agbobli était populaire. Il était présent dans l’imaginaire, dans l’esprit et dans les débats des Togolais, des Africains, notamment ceux d’Angola, et même auprès des Occidentaux qui craignaient sa puissance d’analyse et sa capacité à rappeler à l’envahisseur blanc, son rôle dans l’état déplorable des économies africaines et de la pauvreté ambiante. Mais c’est sa capacité à parler, voire à s’opposer aussi à la corruption ambiante et rampante qui semble-t-il pourrait expliquer les tortures atroces qui auraient conduit à sa mort tragique.

La pauvreté alliée à une certaine corruption institutionnalisée fait disparaître les frontières de l’éthique, de la vérité, de l’opposition, du bien et du mal pour ne laisser subsister que le silence des cimetières. Ce silence rend tout le monde complice d’une disparition abjecte et sous supplice . Cela ouvre parmi certains pays occidentaux responsables, une démarcation entre l’aide communautaire et l’aide bilatérale de pays qui ne reconnaîtront la légitimité du régime togolais que lorsque les assassinats du consul allemand en poste au Togo, son chauffeur et son chien auront été éclaircis. En attendant, les assassinats de Togolais libres continuent presque dans l’anonymat d’un silence coupable.

4. Togo : l’impunité du silence

Avec la fragmentation clientéliste entretenue sur le devant de la scène politique, avec une faiblesse traditionnelle de l’Etat quant à la protection des citoyens togolais non-alignés, avec une régulation institutionnelle qui s’organise principalement autour des corruptions de proximité, au point que même les visas pour l’Europe se monnayent autour de 3-4 millions de FCFA à la barbe des Ambassadeurs des pays occidentaux en poste au Togo, l’embargo de l’Union européenne sur le Togo a ouvert les portes de la « débrouillardise ». Cela a contribué à brouiller les repères de l’éthique, des valeurs et de la protection de la vie humaine. L’insécurité au Togo a augmenté et aucun bailleur de fonds ne semble vraiment s’en soucier.

M. Agbobli, celui qui disait tout haut ce que pensent tout bas de nombreux Togolais sans voix, a été la victime de sa foi dans la sincérité du système politique togolais. Il était persuadé qu’il était possible de convertir de nombreux responsables de tous bords à un minimum d’éthique qui autoriserait l’approfondissement de la liberté de penser, d’écrire et de parler. En réalité, plus de 31 % de Togolais et plus de 62 % de Togolaises ne savent pas écrire et lire. Plusieurs pourtant parmi ceux-là ont parfois des postes décisionnels, d’autres se contentent, entraînés dans des réseaux peu recommandables, de rejoindre des structures de violences stratégiques. Ces milices en dérive n’apparaissent que dans les rapports confidentiels des ambassades en poste au Togo. C’est d’ailleurs cela qui explique pourquoi les responsables occidentaux sont parfois plus au courant que la Diaspora de la situation sur le terrain.

Mais paradoxalement, ces responsables politiques ferment les yeux dès lors qu’il n’y a pas de preuves. Il suffit donc d’instrumentaliser des vicaires et de faire disparaître par la peur, l’argent et la désinformation les éléments de preuve pour satisfaire aux conditions non écrites des représentants occidentaux au Togo. Le peuple togolais devrait donc logiquement les considérer aussi comme de véritables complices qui ne veulent pas faire de vagues. Le renforcement du système d’organisation de la justice, fondement de la cohésion sociale d’une société, n’a jamais été une priorité au Togo. Il est préférable de faire appel à un voyant ou un visionnaire pour trouver les coupables d’assassinats au Togo. En fait, les dossiers d’instruction criminelle finissent souvent par n’être qu’une simple feuille de nécropsie, encore faut-il la trouver . Les menaces et les représailles sur les familles togolaises sont telles que la loi du silence, prévalant au sein de la mafia sicilienne, s’est exportée au Togo. Ce sont cette impunité et la violence qui la caractérisent qui sont à la source de la dérégulation sociale et institutionnelle. L’interdépendance togolaise est bien repoussée aux calendres grecques. Le délitement social est en marche en silence. Quelle honte ! Le silence de l’impunité est en train de se métamorphoser en l’impunité du silence. L’impunité est progressivement devenue une réalité systémique au Togo et nourrit l’insécurité.

5. Le « pagne » de la liberté : retrouver la gouvernance des repères éthiques

Il faut une position commune des pays occidentaux pour que l’impunité et la sécurisation des personnes sans voix soient considérées comme une priorité sur l’agenda des discussions des bailleurs de fonds du Togo. La mort d’un Togolais, surtout un intellectuel, est moins importante que le remboursement sans fin du service de la dette ou l’accentuation de la dépendance vis-à-vis de l’extérieur. Afin de s’assurer de quelques aides conjoncturelles à partir des justificatifs des pluies diluviennes récentes au Togo, alors que plus personne ne tient à cacher la rupture des barrages non entretenus, le dysfonctionnement actuel du système togolais repose sur la loi du silence. En annonçant lors du congrès de l’UFC à Lomé son choix de s’allier à ce parti pour les élections présidentielles de 2010, M. Agbobli aurait enfreint une règle non écrite qui serait une sorte de droit de préemption régalien sur les petits partis politiques. C’est donc un système qui est en cause et non pas simplement des individus ou des groupes d’individus. Avec un changement bien lent du comportement culturel du peuple togolais notamment la difficile réduction de la délation, de la corruption de proximité, il est facile d’organiser la désinformation à coups de millions d’Euros, ce qui contribue à brouiller les pistes et promouvoir une gouvernance reposant sur la perte des repères éthiques. Se laisser piéger à ce jeu de dupe, c’est vendre à terme la dignité des fils et filles de ce pays. Nous sommes donc tous responsables si la prise de conscience tarde à prendre forme. Seule l’unité des Togolais du dedans et du dehors en association avec les responsables occidentaux épris d’éthique aidera à renverser cette nouvelle déchirure du pagne de la liberté.

En filigrane, c’est une véritable guerre contre les intellectuels non organiques qui se déroule sous nos yeux. Ceux qui ne sont pas des intellectuels du pouvoir ou du parti au pouvoir au sens d’Antonio Gramsci sont mis à l’index quant ils ne sont pas sur des listes noires. Ceux qui se considèrent comme autonomes et indépendants du groupe au pouvoir et peuvent se permettre, à l’instar de M. Agbobli, de rappeler les principes élémentaires de la dignité humaine et de la démocratie sont de facto considérés unilatéralement comme des ennemis intérieurs. Si c’est en cela que ce gentleman est devenu une menace pour les réseaux au pouvoir, alors tous les intellectuels sont menacés dans ce pays.

Les Nations qui souhaitent voir l’avènement de la vérité des urnes confortées par une démocratie non virtuelle doivent informer ceux qui ailleurs commencent à comprendre qu’avec le démocrate Barack Obama ou même le Républicain John McCain, la tolérance zéro sera appliquée aux États défaillants où les crimes restent impunis. En fait, c’est l’aide internationale qui risque de se détourner de ces États-là. Il appartient donc à la Diaspora dans son ensemble à œuvrer pour la fin de l’impunité au Togo, pour l’avènement d’une véritable sécurisation du pays afin d’assurer que les résultats des élections connaissent un début d’application, sinon l’avenir du Togo sur le plan de la crédibilité au plan international, en référence aux conditions actuelles d’insécurité, risque de s’assombrir.

6. Agbobli, l’auteur

Si l’Afrique continue à tuer ses bibliothèques vivantes, elle aura du mal à accéder à la connaissance et verra sa civilisation s’éteindre rapidement, face aux multiples agressions extérieures perpétuées à des fins de dépendance accrue. Après avoir écrit l’un des ouvrages les plus proches de la vérité sur le premier coup d’Etat au Togo en 1963 , après avoir fait paraître un livre sur les visions de Jonas Savimbi qu’il a côtoyé, M. Agbobli en a déduit que face à l’adversité, il est important de rappeler aux Africains la phrase de l’historien grec Thucydide : « il faut choisir : se reposer ou être libre » ; cela a été repris par Périclès sous la forme : « si vous voulez être libre, il faut travailler ». Ces phrases revenaient souvent dans la bouche de M. Agbobli au sujet des Africains et plus particulièrement du pouvoir africain. Il n’était pas pour autant naïf sur l’urgence et la difficulté du chemin à parcourir. C’est ainsi qu’il rappela : « Point de découragement et de renoncement devant les épreuves et les souffrances qui sont considérées comme des difficultés non démobilisatrices mais plutôt des écueils appelés à être surmontés à force d’audace et de courage. Le culte du héros, capable des prouesses de tous genres, est à cet égard révélateur de l’attachement de l’individu à sa grandeur posthume et à la reconnaissance de la nation. Rayonner dans le monde et y voir son nom immortalisé pour toujours pousse les uns et les autres, hommes et femmes, à redoubler d’audace, à prendre des risques parfois téméraires et à s’engager dans des actions qui frisent des aventures dangereuses ».

M. Agbobli est un panafricain convaincu. Il a accepté de participer à un livre collectif qui posait la question de savoir si l’Afrique était-elle incapable de s’unir, de lever l’intangibilité des frontières et d’opter pour un passeport commun . Sa contribution portait sur « La nouvelle question d’Afrique ». Il y rappelait que pour comprendre les difficultés de l’Afrique, il faut garder présent à l’esprit que l’arme des ennemis de l’Afrique reste la « déstabilisation stratégique ». Il s’est alors consacré à promouvoir l’industrialisation et la culture de combat par une conscientisation des populations sous toutes ses formes.

Conclusion : martyr de la démocratie et de l’unité togolaise

Lorsque la promotion de la liberté de penser, de parler, d’écrire et d’informer devient une aventure dangereuse, c’est que l’on a encore à faire à des dirigeants sans conscience historique de leur rôle dans l’histoire universelle. Sans le savoir et avec violence, les commanditaires des sicaires viennent d’inscrire M. Agbobli dans le livre de la vie de la loi universelle. Ils ont peut-être oublié de s’inscrire eux-mêmes. Il ne faudra pas compter sur M. Agbobli pour le faire.

Un pays qui s’octroie unilatéralement le monopole de la violence illégitime sur les intellectuels, les libres-penseurs, le secteur privé national et les innovateurs ne peut se targuer de contribuer à la prospérité d’un pays et le bien-être de ses habitants. Ce sont les conflits d’intérêts au sein de l’espace politique togolais et les dissidences qui en résultent qui pourraient servir d’explication à cette disparition tragique d’un expert en science politique qui n’est certainement pas un « ennemi intérieur », encore moins un « ennemi de l’intérieur mais bien un ami des Togolais ».

M. Agbobli vient de rejoindre le royaume des ancêtres et des martyrs togolais pour la démocratie et l’unité des Togolais. La justice immanente est reportée à plus tard. Nous sommes tous responsables de cette mort car nous ne l’avons pas compris. Son message, fondé sur l’éveil des consciences, était avant tout un appel à la culture du combat et de l’indépendance du Noir, de l’Africain, du Togolais, …. de tous les Togolais. Le meilleur hommage des Togolais et des Togolaises à cet intellectuel hors pair demeure la construction de l’interdépendance des Togolais dans un espace éthique. Tous les membres d’Afrology Think Tank, le groupe de réflexion, d’action et d’influence, transmettent leurs sincères condoléances à toute la famille proche et éloignée.

Une minute de silence s’impose. Paix à ton âme, martyr de la démocratie et de l’unité togolaise. Le rêve d’une carrière politique pour servir les populations togolaises et le panafricaine vient d’être brisé. Quel gâchis !

Dr. Yves Ekoué Amaïzo
Directeur du groupe de réflexion, d’action, l’influence « Afrology »

Par Yves Ekoué Amaïzo
Directeur du Think Tank du groupe de réflexion, d’action et d’influence « Afrology » et Afrique Nouvelles Interdépendances
Economiste à l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI).
Il s’exprime ici à titre personnel.

Dimanche 14 Septembre 2008 — 15:05

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